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4 questions à...
Nicolas SARKADI, Directeur Général du GNP

1/Pouvez-vous nous rappeler le rôle du GNP et ses spécificités sur le marché ?

Le GNP (Groupement National de Prévoyance) est le seul organisme français d’assurance ayant pour mono-activité la gestion des volets de prévoyance des conventions collectives nationales. Il assure ainsi 22 branches professionnelles dont 14 en mono-désignations, ce qui en fait le deuxième acteur du secteur avec 18 % de part de marché. Il a également pour spécificité de ne pas intervenir pour les accords autres que nationaux ni sur le petit risque. Le GNP se consacre donc depuis 23 ans à la mutualisation nationale de la couverture des risques majeurs pour les salariés et leurs ayants droit. L’objectif étant notamment de permettre à des entreprises à petit effectif d’accéder pour leurs salariés à un niveau de protection sociale identique à celui négocié dans les grandes entreprises.

2/ Le marché des accords de branche a notamment été marqué ces dernières années par
le développement des couvertures collectives de santé.  Selon vous, pourquoi cette tendance et va-t-elle se poursuivre ?

La diversification Santé dans les accords de branche est un sujet récurrent depuis une dizaine d’années. Il est certes mis de plus en plus souvent en exergue dans la mesure où, concomitamment, le marché de la prévoyance conventionnelle – stricto sensu donc les risques Décès, Invalidité, Incapacité, Rentes de conjoint et d’éducation – arrive à la fin de sa phase de transition entre marché d’attente et marché de remplacement. Néanmoins, à ce jour, peu d’accords professionnels ont intégré le petit risque dans le régime de prévoyance (une trentaine contre plus de 200 en prévoyance) et plusieurs sont dus à de forts particularismes professionnels qui légitiment un régime national Santé. Il y a également une impression d’engouement liée au fait que le montant généré en cotisations est important compte tenu de la différence du niveau de primes entre une garantie santé et une garantie prévoyance (rapport du simple au quintuple).
Il est encore trop tôt pour dire si ce souhait ancien de multi-équipement des opérateurs et cette tendance depuis trois ans à l’accélération de la mise en place de régimes Santé de branches suffiront à la création d’un véritable nouveau « marché ». Le potentiel théorique de plus de 5 milliards attire de nombreuses convoitises mais il faut quand même avoir à l’idée que 93 % de  la population française est déjà couverte… Cela pose également de nombreuses questions techniques à régler car il s’agit de sujets très différents, concernant notamment la fréquence des sinistres, la durée des risques, la nature des engagements et par ailleurs les rythmes de renégociation des conditions d’assurance ne sont pas du tout comparables. Je pense qu’il faut à ce stade établir des stratégies prudentes et en tout cas adaptables, car la conjoncture de réformes en France et l’indispensable amélioration de la maîtrise des dépenses publiques au niveau européen auront probablement pour conséquences des modifications des périmètres d’intervention des acteurs publics et privés notamment en matière de protection sociale.
Au delà des débats de plus en plus réguliers sur des tendances lourdes à pronostiquer ou à construire entre :
- avenir de l’assurance collective versus assurance individuelle,
- concentration ou non des métiers d’assurance et de banque,
- généralisation ou non de l’évolution des assurances en prestations de service,  
- redéfinition ou pas de la ligne de partage entre assurances obligatoires et facultatives,
- intervention possible ou pas des assureurs au 1er euro,
- fusion ou non des régimes de retraite de base et complémentaire,
- désalignement ou pas entre les structures concurrentielles et celles de mission d’intérêt public des groupes de protection sociale,
- etc.
Il demeure que l’assurance conventionnelle est une activité à part, qui est à ranger singulièrement dans la catégorie de la « prévoyance complémentaire obligatoire ».
Cela lui confère un positionnement spécifique dans le cadre des nouvelles frontières dessinées lors des débats ci-dessus évoqués.
A titre personnel et en attente de cette clarification, j’ai la même attitude de prudence ou du moins d’adaptabilité concernant la création d’un « marché » de l’épargne conventionnelle et il faut à mon avis travailler, tant pour la Santé que pour l’Epargne salariale, sur plusieurs scenarii d’assise d’un futur développement via le conventionnel.


3/ La dépendance devient une préoccupation majeure des Français. Pensez-vous que cela va entraîner le développement d’offres de prévoyance collectives et tout particulièrement dans le cadre conventionnel ?  

A l’inverse de la Santé et de l’Epargne salariale, je crois que la couverture dépendance est le prolongement naturel et logique de la couverture des autres risques lourds que sont le Décès, l’Invalidité, l’Incapacité et les Rentes. La principale nuance consiste en la continuation d’un risque au-delà du lien salarial, mais la tendance lourde de protection sociale depuis vingt ans va dans cette direction (l’article 4 de la 1ère loi Evin de 1989 pour les retraités récemment confirmé par la jurisprudence Azoulay et l’article 14 de l’ANI de 2009 pour les chômeurs).
La problématique technique n’est pas simple mais une vieille règle de base du marketing voulant que l’on doit toujours veiller à « faire le plein » sur le cœur de métier avant même souvent toute réelle diversification, milite en faveur d’une dépendance conventionnelle, à tout le moins pour les Institutions de prévoyance (IP)…..
Rappelons-nous en effet que ces IP ont été créées pour l’assurance de la prévoyance collective. Si le succès de la Garantie Accident de la Vie (GAV) a consisté à « repackager » cette offre initiale en l’étendant aux autres membres de la famille du salarié et en la distribuant massivement via les guichets des banques et les réseaux des compagnies d’assurance, l’assurance dépendance est une création ex nihilo des Institutions de prévoyance il y a 25 ans (AG2R avec ses différentes générations de produits SAFIR) et ce sont elles qui sont le plus à même de permettre la création de ce marché, grâce à leur position privilégiée (avec 85 % de part de marché) dans le secteur des accords de prévoyance de branche. L’OCIRP, qui comme le GNP est une Union d’Institutions de Prévoyance, a créé tout récemment un produit en ce sens et cela semble intéresser plusieurs Commissions Paritaires de Branches.

Je pense que si l’on partait ainsi de cette problématique opérationnelle de savoir quelle est la meilleure façon de mutualiser le plus grand nombre d’assurés pour la prise en compte pérenne de ce nouveau risque, de nombreuses réflexions actuelles visant à arbitrer entre les différentes écoles parfois trop dogmatiques concernant l’architecture du « 5ème risque », aboutiraient plus facilement.


4/ Quels sont les principaux axes de développement du GNP pour 2010 ?

Accroître le positionnement du GNP dans les secteurs d’activité non encore équipés en prévoyance conventionnelle (potentiel d’environ 40 CCN sur un total de 300)
Augmenter le taux de mutualisation intra-accords, notamment en élargissant les accords existants aux populations cadres
Mettre à disposition auprès des décideurs des Commissions Paritaires des outils d’analyse quantitative et qualitative de leurs accords de prévoyance.

 


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